Forum La Guerre d'Indochine
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La Force 136 et l'Indochine

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Message  Daniel Laurent Lun 17 Déc - 5:05

Bonjour,

CAHIERS DU CEHD N°E1 (32), ACTES DU COLLOQUE DES 11 ET 12 JUIN 2001
LA FORCE 136 ET L’INDOCHINE PAR FABIENNE MERCIER-BERNADET

(J'ai délibérément supprimé les notes en pied de page de l'article original)

À partir de Pearl Harbor, l’évolution de la guerre impose au général de Gaulle de préparer, en Indochine, la reprise de la lutte contre l’ennemi japonais. Partenaire discuté et de faible poids militaire, la France combattante revendique sa place dans un Extrême-Orient en guerre et cherche à se faire reconnaître à l’intérieur du système d’alliances qui conduit la lutte contre le Japon. À terme, c’est bien du maintien de la présence française dans la zone dont il est question. Or, face aux ambitions chinoises sur la colonie française et à la mauvaise volonté américaine justifiée par un anti-colonialisme puissant, de Gaulle sait que pour conserver sa souveraineté sur la colonie après-guerre, la France devra y effectuer un retour en force.
En Indochine, au lendemain de l’armistice, un courant favorable aux Alliés, voire aux gaullistes, s’est développé, contraint à demeurer dans la clandestinité et à s’orienter vers la recherche du renseignement, seule activité compatible avec la conjoncture. Militaires du bureau de Statistiques de Hanoi (BSM) et du bureau des Archives de Saigon (BAM) et civils se sont constitués en réseaux et transmettent en Chine et en Malaisie des informations de toutes natures aux Alliés, Britanniques, Américains et Chinois, notamment par le biais des postes frontières. Une résistance a donc pris naissance, à laquelle il ne reste plus qu’à trouver son interlocuteur français à l’extérieur. Ce sera la Mission Militaire française de Chine (MMF), d’obédience gaulliste, constituée autour des membres du Comité de libération de Malaisie, qui s’est replié en Chine fin 1941-début 1942, pour réorganiser le Service de Renseignement d’Extrême-Orient (SREO), aux ordres du colonel Tuttenges, puis du lieutenant-colonel Emblanc. Une mission est établie à Kunming, capitale de la province frontière du Yunnan. Le SREO dispose d’un poste central à Chungking, et de postes frontières en relation directe avec les postes frontières tenus par l’armée d’Indochine. Cependant, l’action du service est entravée par la surveillance chinoise. Il devient donc rapidement indispensable d’entrer en contact direct avec la Résistance indochinoise.
À partir de décembre 1942, la MMF est enfin en mesure de rencontrer les chefs des postes frontières français, dans les postes chinois conjugués. C’est ainsi que le lieutenant du Perron, officier de renseignement (OR) de Lang Son, rencontre le commandant Coudrais de la MMF et lui remet d’importants documents. Coudrais peut alors transmettre à Levain, chef du BSM de Hanoi, un plan de recherche du renseignement avec échange de codes et organisation d’un système de liaison radio entre Hanoi et Chungking. La liaison MMF de Chine-Résistance indochinoise est enfin réalisée. Pendant ce temps, aux Indes, dans le cadre du Special Operations Executive (SOE), se mettent en place des organismes plus spécialisés dans la préparation de l’action.
LE SOE ET LA FORCE 136
Créé en juillet 1940 sous l’impulsion de Winston Churchill et dépendant du ministère de la Guerre économique (Ministry of Economic Warfare, MEW), le Special Operations Executive, ou SOE est une organisation dont l’objectif est « de coordonner toutes les actions contre l’ennemi à l’étranger par la subversion et le sabotage ». À l’été 1944, son effectif total maximum sera d’environ 10 000 hommes et 3 000 femmes, se considérant tous comme des agents secrets et non comme des espions. Chargé de coordonner toutes les actions de subversion et de sabotage entreprises en Europe contre l’ennemi, le SOE fait partie des neuf services secrets de guerre britanniques, dont les activités sont constituées par le renseignement, la sécurité, le décodage, la sécurité radio, les évasions, le sabotage (le SOE), la guerre politique (qu’on avait retirée au SOE) et l’intoxication. Le 9e service fournit des unités de soutien chargées de perturber les communications et les quartiers généraux allemands lors de l’invasion de l’Angleterre par l’Allemagne. Cette section est dirigée par un soldat de l’armée régulière, qui devient par la suite général de brigade, puis de division, et est enfin anobli, Colin Gubbins, qui entre au SOE en novembre 1940 pour en prendre le commandement en septembre 1943.
À la suite des succès du SOE en Europe, et avec l’extension du conflit au Pacifique, l’intérêt d’une organisation similaire en Asie apparaît clairement. C’est ainsi que vers la fin de 1941, une tentative est lancée en Birmanie par un groupe appelé The Oriental Mission, précurseur de la Force 136. Avec un cadre d’action élargi, le SOE, sous le nom de code de « Force 136 » est représenté en Extrême-Orient par Colin MacKenzie, ancien officier devenu directeur d’une grande firme écossaise de cotonnades. À Meerut, au nord-ouest de New Delhi, à côté du QG britannique, il a installé ses services, dont l’organisation est pratiquement la même qu’en Europe ; ceux-ci ont la responsabilité du sabotage, de la propagande, de la guérilla, et du sabotage économique sur les territoires occupés par les Japonais. La Force 136, qui, à l’intérieur du MEW, dépend du SOE, reçoit ainsi la charge de conduire l’action dans la zone du Sud-Est asiatique. Initialement responsable directement auprès du vice-roi des Indes, Lord Linhithgow, Colin MacKenzie est placé sous la tutelle du South East Asia Command (Commandement du Sud-Est Asiatique ou SEAC), de Lord Louis Mountbatten, en août 1943.
À travers les buts de guerre immédiats poursuivis par les Alliés, des divergences sont rapidement apparues, non seulement dans les intérêts de chacun, mais encore dans les conceptions stratégiques de la conduite des opérations. Aussi, la création d’une organisation capable, par-delà ces diversités et divergences, de conduire rationnellement la lutte et de coordonner les efforts de tous, s’impose rapidement. C’est ainsi qu’est créé, au mois d’août 1943, le SEAC, théâtre d’opérations qui couvre la Birmanie, la Thaïlande, la Malaisie et les Indes néerlandaises. Le « théâtre Chine » du général Chiang Kai-shek prolonge le front sur le continent, tandis que les théâtres « Pacifique Ouest » et « Pacifique Sud-Ouest » de l’amiral Nimitz et du général MacArthur ferment le périmètre de cette vaste zone de guerre. L’Indochine, pourtant située au point de rencontre théorique des axes d’efforts convergents de chacun de ces théâtres, n’est incluse dans aucun d’eux. Son littoral, sur une mer de Chine vitale pour le Japon et adossé à des régions d’accès difficiles, est pourtant, pour les Armées impériales, un couloir stratégique de la plus haute importance.
LES DÉCISIONS POLITIQUES DU CFLN (1943-1944)
On ne saurait oublier qu’au cours des années 1943 et 1944, la stratégie dans le Sud-Est asiatique est sino-anglo-américaine, avec prépondérance sino-américaine. Dès l’entrée en guerre des États-Unis contre le Japon, les Chinois ont précisé leurs objectifs territoriaux en cas de victoire : occupation de l’Indochine, de la Birmanie et de la Malaisie. En outre, à partir du 8 décembre 1941, l’armée japonaise a peu à peu établi des garnisons qui « marquent » les garnisons françaises de près. À la fin de l’année 1944, on comptera jusqu’à 60 000 soldats japonais, sous les ordres du général Tsushihashi, en stationnement dans la colonie. Une situation qui impose au général de Gaulle d’étudier la manière dont les forces indochinoises combattront, pour se soustraire à une probable agression japonaise :
L’idée qu’en observant jusqu’au bout, à l’égard des Japonais, une complaisante passivité on pourrait, en définitive, conserver la position de la France me paraît indigne et dérisoire. Je ne doute pas que, dans une situation stratégique où l’Indochine se trouve au centre du dispositif de l’ennemi, celui-ci, durement pressé et refoulé aux alentours, en viendra nécessairement à supprimer dans la péninsule tout risque de s’y voir combattu.
De Gaulle est donc bien décidé à obtenir la participation des forces françaises aux opérations militaires alliées en Extrême-Orient. Car
tout commande de prévoir qu’un jour, les Japonais voudront liquider les troupes et l’administration françaises. Voulut-on même supposer que, moyennant de nouvelles et déshonorantes garanties, ils laisseraient subsister quelques vestiges de nos garnisons et quelques bribes de notre pouvoir, il serait inimaginable que, d’une part les États et les peuples de la Fédération, d’autre part les Alliés, admettraient la restauration de la puissance française sur des terres où nous n’aurions pris aucune part à la lutte mondiale.
La mission du capitaine Milon, organisée par Levain en juin 1943 pour informer Alger directement de la situation en Indochine, correspond justement à l’élaboration des premiers plans de défense de l’Indochine par le lieutenant-colonel Huard de la France combattante. Après un premier rapport adressé en mai 1943 aux Affaires étrangères par l’intermédiaire du général Blaizot, un second, élaboré par le Comité militaire permanent le 21 juillet 1943, est présenté au général Legentilhomme, commissaire adjoint à la Défense nationale. Les conclusions préfigurent le plan d’action à l’égard de l’Indochine : dans le cas d’une attaque préventive japonaise, la seule manoeuvre possible pour faciliter une opération aéroportée ou un débarquement des Alliés sur le territoire, consiste à se dégager de l’étreinte adverse et à se maintenir dans l’hinterland de l’Annam et du Laos, les plateaux Moïs en particulier, pour manoeuvrer sur les grands axes de communications, en livrant un combat de guérilla contre l’occupant.
Le 26 août, de Gaulle confie la mission au Comité de Défense nationale d’étudier les modalités de la participation militaire française à la libération de l’Indochine. Car les plans de défense en vigueur, dont la conception est fondée sur l’hypothèse classique d’une invasion venue de l’extérieur et sur la possibilité de réduire facilement les troupes nippones stationnées en petit nombre sur le territoire, n’envisagent qu’une défense statique, appuyée sur la ligne fortifiée établie sur la frontière. Le 23 septembre, le Comité conclut :
C’est notre devoir comme notre intérêt de participer le plus activement possible aux opérations menées pour chasser les Japonais d’Indochine… L’absence de contingents français ne manquerait pas, en effet, de donner libre cours à des revendications chinoises, à des prétentions américaines, voire même à des critiques anglaises… Il est donc nécessaire d’obtenir l’accord des Alliés sur le principe de notre intervention, de préparer des forces, de négocier leur armement et d’envoyer aux Indes une mission composée du futur commandant du corps expéditionnaire et d’un état-major d’étude.
Dans sa séance du 4 octobre 1943, le Comité de Défense nationale décide la création de « Forces Expéditionnaires Françaises pour l’Extrême-Orient » (FEFEO, ou « corps Expéditionnaire Français d’Extrême-Orient », CEFEO), dont la préparation est confiée au général Blaizot. Le 1er décembre 1943, un corps Léger d’Intervention (CLI) commandé par le lieutenant-colonel Huard est également créé. Initialement constitué de 500 hommes, organisé en Commandos de 20 et parfaitement encadré, le CLI constituera l’avant-garde du futur corps expéditionnaire et renforcera les troupes indochinoises, pour mener sur le territoire un combat de guérilla. La mise sur pied du corps expéditionnaire sera confrontée à de nombreuses difficultés dans les mois suivants, occasionnant des remaniements dans sa composition. Les retards qui en découlent nécessitent que la France soit représentée en Extrême-Orient autrement que par des missions et des organismes sans troupes. D’où l’élaboration d’une organisation d’action extérieure.
L’INTRODUCTION D’UN DÉTACHEMENT FRANÇAIS AUX INDES, DANS LE CADRE DE LA FORCE 136
La communauté d’intérêts entre Français et Britanniques en Asie du Sud fait des Indes la plate-forme des actions françaises en direction de l’Indochine. Depuis la conférence de Québec d’août 1943, la conduite des opérations sur le front indo-birman, on l’a vu, relève du SEAC installé à Kandy. L’Indochine échappe toutefois à ce commandement et dépend du « théâtre Chine » aux ordres du général Chiang Kai-shek et de ses conseillers américains, en particulier le général Wedemeyer. En juillet 1943, en réponse à la demande formulée l’année précédente par le ministère britannique de la Guerre économique, le commandant de Langlade, directeur général d’une plantation de caoutchouc en Malaisie, qui a collaboré très tôt avec les Britanniques auprès desquels il jouit d’une excellente réputation, est nommé chef de la French Indochina Country Section (FICS, ou Section de l’Indochine française) de la Force 136. Il est convenu entre Français et Britanniques que le SEAC bénéficiera des renseignements sur les Japonais obtenus par la mission de Kunming, tandis qu’un détachement français recevra à Meerut l’entraînement nécessaire à l’exécution des missions spéciales en Indochine. Cet accord offre la possibilité à la France combattante d’introduire un détachement sur le théâtre d’opérations du SEAC.
Le détachement français aux Indes
Profitant de l’occasion offerte par les Britanniques, un petit élément est rapidement constitué en Algérie. Le commandant de Crèvecoeur, qui a déjà fait deux séjours en Indochine, part en novembre 1943 pour les Indes, avec une équipe de volontaires : Fabre, ancien professeur au Yunnan et au Laos, Mus, savant ayant une grande expérience de l’Extrême-Orient, le lieutenant Mollo, le lieutenant Stéphane et un sous-officier. Dès leur arrivée, le 9 novembre 1943, après un contact avec de Langlade, cette équipe part suivre des stages Commando. Crèvecoeur devient chef du Service français d’action en Indochine et chef du Département français des Indes, en liaison quotidienne avec la FICS de Langlade.
Au cours des mois de décembre 1943 et de janvier 1944, le détachement des Indes est complété, pour atteindre l’effectif d’une soixantaine d’officiers et de sous-officiers, qui entament leur instruction spécialisée dans les fameux camps britanniques, notamment à Poona. À la fin de l’année 1944, il compte 148 hommes. Sous couvert de cet entraînement opérationnel, le commandant de Crèvecoeur doit faire admettre la présence française sur le théâtre opérationnel du Sud-Est asiatique et de l’Indochine. Charge à lui de préparer l’accueil par les Britanniques de la mission du général Blaizot, et d’ouvrir la voie à l’implantation du CLI en Indochine. Il doit étudier les conditions d’un combat de guérilla à mener avec les troupes d’Indochine, puis, après une mise en place par parachutages, renforcer les forces locales et tenir dans les zones choisies des têtes de pont, ce qui permettrait la venue du CLI d’abord, du corps expéditionnaire tout entier ensuite.
Chargé de mettre en oeuvre la lutte subversive à la manière du SOE, le réseau d’action devra permettre de déclencher l’insécurité sur les arrières japonais en Indochine. Pour y parvenir, il est indispensable d’établir un plan de destructions précis, de définir les zones de guérilla, d’organiser les liaisons et de mettre en place les moyens nécessaires à la survie et aux combats. Or, en ce qui concerne les forces indochinoises, le premier problème à résoudre est celui des moyens matériels. Les approvisionnements devront faire l’objet d’opérations de parachutage. D’où la nécessité d’instruire au préalable le personnel concerné sur les techniques de réception et sur l’utilisation des matériels fournis. C’est le détachement des Indes qui reçoit la charge d’assurer ces tâches préparatoires, avec l’appui matériel de la Force 136. En raison des indiscrétions et de l’hostilité des Chinois, les parachutages initialement prévus à partir de Kunming s’effectuent depuis la base aérienne de Jassore, près de Calcutta. Grâce à l’appui britannique, la mise en place aux Indes d’avions Liberator, à la mi-1944, permettra, après une période de tâtonnements, de mener à bien ces opérations. Car ce n’est que progressivement et avec un pourcentage d’échecs allant décroissant, que l’organisation se rodera pour ne devenir véritablement efficace qu’à partir d’octobre 1944.
Pendant ce temps, dans les camps britanniques de la Force 136, l’entraînement du détachement français se poursuit. Le problème le plus urgent à résoudre reste celui de l’établissement en Indochine d’un réseau de liaisons radios en communication directe avec le SA extérieur, destiné à faciliter les opérations de parachutage. Après le succès de l’opération Belief II – le parachutage à proximité de Lang Son de trois émissaires du général de Gaulle le 5 juillet 1944, il est établi qu’à chacune des périodes de pleine lune des parachutages seront systématiquement effectués sur les terrains de réception préparés à cet effet, selon les plans établis par le bureau des opérations du SA dirigé, à Calcutta, par le capitaine Laure. Au cours de l’hiver 1944 et jusqu’au mois de mars 1945, les opérations Polka, Radical, Désert et Bazar se succèdent. C’est la décision du Comité de Défense nationale du 5 août 1944 qui donne une existence officielle au SA :
Cet organisme est chargé, en liaison d’une part avec le délégué des services spéciaux aux Indes et d’autre part avec la Force 136, de préparer l’intervention des éléments de résistance intérieure de l’Indochine française. Son chef est le lieutenant-colonel de Crèvecoeur, lequel est placé sous les ordres du général de corps d’armée, commandant désigné des FEFEO, le général Blaizot10.
Dès la fin 1943, de Gaulle dispose ainsi de l’organisation suivante en Extrême-Orient, en dehors des représentations diplomatiques de la France combattante en Chine, aux Indes et en Australie : une délégation militaire, commandée par le général Blaizot, située au QG de l’amiral Lord Mountbatten à Kandy (Ceylan), comprenant les premiers éléments d’un corps Léger d’Intervention (CLI) commandés par le colonel Huard ; les premiers éléments d’un service « Action », sous les ordres du commandant de Crèvecoeur, dont le siège se situera rapidement auprès de la Force 136. Le tout forme l’avant-garde du corps expéditionnaire français en formation en Afrique du Nord, puis en France, après la Libération.
• Une délégation politique, à la tête de laquelle se trouve le gouverneur de Langlade qui, comme commandant à titre militaire, exerce aussi le commandement de la Section de liaison française en Extrême-Orient avec, comme adjoint, le commandant Léonard. Cette délégation a pour rôle de préparer le retour de l’administration française en Indochine. Les premiers éléments de cette administration se trouvent stationnés aux Indes : il s’agit de l’inspecteur des colonies de Reymond, des administrateurs Cédille, Pignon, du professeur Paul Mus et, également, de l’administrateur des colonies, le capitaine Messmer, venant des unités de la France combattante d’Afrique et de France.
• La Section de Liaison Française en Extrême-Orient (SLFEO), succède à la MMF à Singapour, puis en Chine. À sa tête, de Langlade, délégué de la Direction Générale des Services Spéciaux (DGSS, qui deviendra Direction Générale des Études et Recherches, DGER, en octobre 1944), assure la direction du SR, la sécurité militaire pour l’Extrême-Orient et la coordination de ces services avec ceux du SA. Il transmet à ce dernier les directives de la DGSS et du Comité d’action pour l’Indochine. Il est également prévu que le SA, organe d’exécution du Comité d’action sur l’Indochine pour son travail clandestin et ses liaisons avec la Résistance indochinoise, est rattaché administrativement et financièrement à la DGER dans la période qui précède l’ouverture des opérations en Indochine, pour dépendre ensuite du général commandant les FEFEO, le général Blaizot. Ce dernier est en outre nommé chef de la Mission militaire française auprès du commandement du théâtre du Sud-Est asiatique, à Kandy.
L’ORGANISATION DE LA FORCE 136
La Force 136 a ses propres chefs, ses propres camps d’entraînement, ses propres troupes, dont quelques groupes alliés, français notamment. Ses troupes sont formées de personnel européen, en général non militaire de carrière, recruté parmi les planteurs, les policiers, les forestiers, d’une façon générale parmi les gens connaissant l’Asie ou y résidant ; elle compte aussi des agents et des groupes autochtones, indochinois, birmans, chinois…, venus suivre une instruction technique et renvoyés ensuite dans leur zone d’action. Elle dispose d’un centre d’entraînement parachutiste à Chakiala, et d’autres écoles pour officiers et opérateurs radio. Tous sont recrutés parmi les volontaires, certains dotés de bonnes connaissances du pays, d’autres d’une solide expérience en Europe. Néanmoins, il n’y a pas d’équipes de résidents solides et bien organisées comme c’est le cas pour la Résistance en France, par exemple, luttant contre l’envahisseur et auxquelles les agents du SOE auraient pu se joindre. La plupart des autochtones des pays occupés par le Japon se révèlent soit indifférents, soit carrément hostiles aux Européens, qu’ils soupçonnent de vouloir rétablir le régime colonial. Le plus souvent, le SOE doit s’assurer le support des guérilleros communistes locaux pour combattre les Japonais. En outre, en raison de leur couleur de peau et de leur incapacité à maîtriser les langues locales, les agents européens se font très vite remarquer dans les pays occupés par les Japonais. Par conséquent, ils sont contraints d’oeuvrer dans la jungle. Un escadron spécial de la RAF est alloué à la Force 136. Au début équipé d’Hudsons, puis de Dakotas, il dispose en 1944 de Liberators, appareils mieux adaptés aux missions plus longues. Au plan administratif et opérationnel, Colin MacKenzie a créé des bureaux (des Country Sections) chargés des opérations dans chacun des pays dont il a la charge : Malaisie, Birmanie, Indochine, Thaïlande et Indes néerlandaises. En 1943, l’intérêt de la Section pour l’Indochine française (ou FICS) est uniquement tourné vers le sabotage.
LA LIAISON AVEC LA RÉSISTANCE INTÉRIEURE
Sur le plan de la conduite des opérations, il faut, dans le cadre du plan stratégique des Alliés, dont on ignore les étapes, introduire l’armée d’Indochine dans la lutte commune et utiliser les possibilités de cette force, peu préparée à la guerre moderne mais aux effectifs conséquents (de 50 000 à 60 000 hommes en fonction des périodes). L’hypothèse la plus défavorable, retenue en priorité, est celle d’une initiative nippone visant, par surprise, à attaquer et à détruire les forces françaises avant l’intervention des Alliés. Dans ces conditions, la seule issue possible pour les troupes indochinoises totalement imbriquées dans le dispositif japonais, repose sur un système d’alerte parfaitement organisé et consiste à se dégager de l’étreinte adverse en évitant un combat qui ne peut tourner qu’en sa défaveur, pour se replier dans les régions de l’intérieur et d’accès difficile. À partir de ces zones de recueil, et dans l’attente d’une intervention alliée, un combat de guérilla, à l’image des Chindits du général Wingate, pourra, alors, être mené contre l’occupant. La solution envisagée implique que soit préparée, dans des zones reconnues favorables, une infrastructure de guérilla et que soit organisé un système de renseignement et de transmissions. Il est nécessaire, en outre, de renforcer le potentiel de cette « Armée de l’intérieur », en lui faisant parvenir de l’armement moderne, des équipements et du ravitaillement.
Telles sont donc, dans les domaines politique, stratégique et tactique, les ambitions du Comité d’Alger. Ces objectifs exigent l’accord des Alliés, mais, plus encore, leur soutien matériel sans lequel rien ne pourra être valablement tenté. Or, politiquement, la rentrée de la France en Extrême-Orient et la consolidation de sa présence en Indochine ne sont considérées favorablement ni par la Chine, ni par les États-Unis, pour lesquels il n’est pas question de prendre le moindre engagement susceptible de faciliter le retour de la France dans sa colonie. En revanche, tout en s’efforçant de neutraliser le SR et la mission française, les Chinois et les Américains cherchent à en obtenir le maximum de renseignements sur les Japonais, acceptent l’aide du service d’action intérieur pour le sauvetage des aviateurs alliés abattus au-dessus de l’Indochine, tout en limitant leur aide au maximum. De surcroît, les rivalités entre Français, écho des dissensions d’Alger, augmentent encore cette impression de malaise. Ainsi, en Indochine, ce n’est pas sans peine que l’unification de la Résistance sous l’égide du BSM sera obtenue à la suite de deux missions clandestines, effectuées en juillet et en novembre 1944 par le gouverneur de Langlade, envoyé du général de Gaulle.
Aux Indes, la situation se présente sous des auspices plus favorables. L’attitude des Britanniques est compréhensive et largement positive. Une certaine communauté d’intérêts unit les deux partenaires pour la reconquête de leurs possessions coloniales. En dépit de difficultés de détail, la coopération entre la Force 136 et le détachement français de Crèvecoeur est totale. À tel point que l’assistance britannique permet aux Français d’envisager de faire des hautes régions tonkinoises et laotiennes le sanctuaire de la présence française. Il s’agit de créer une tête de pont capable de recueillir les troupes du delta et d’attendre les FEFEO et leur précurseur, le CLI, tandis que les autres zones difficiles du territoire constitueront des bases de guérilla à partir desquelles seront lancés des raids de harcèlement et de destructions contre les voies de communications des troupes japonaises. L’aide à la Résistance fait l’objet d’un plan de parachutages, réalisé à partir de juillet 1944. L’armement, les équipements, les matériels de transmissions, les ravitaillements de toutes sortes, ainsi que la totalité des moyens de transport, sont essentiellement britanniques. Des personnels spécialisés sont également parachutés pour assurer la formation et l’encadrement de la guérilla. L’assistance ainsi apportée est inestimable et ses seules limites sont dues à la capacité de transport de la RAF, sollicitée par la campagne de Birmanie, à l’éloignement des zones de largage (plus de 3 000 kilomètres aller-retour), aux conditions météorologiques, à la nécessité de n’opérer qu’en seule période de pleine lune, dans les débuts, enfin, à l’insuffisance des moyens de liaisons et au manque de personnels spécialisés dans le guidage des avions et la réception au sol.
Pendant ce temps, la réorganisation du commandement allié et les hésitations ou oppositions américaines retardent la venue aux Indes du général Blaizot et de sa mission. Ce n’est que le 27 octobre 1944 que le chef de la mission française arrive enfin à Kandy, où il est parfaitement accueilli par l’amiral Mountbatten. Les relations entre les deux chefs seront excellentes et fructueuses. Le moment est donc venu d’informer Hanoi de l’existence d’une organisation d’action extérieure et de transmettre à l’Indochine les directives d’ordre politique concernant l’unification de la Résistance et la préparation de l’entrée en guerre de l’Union. C’est la mission confiée par de Gaulle au gouverneur de Langlade. De son côté, l’émissaire du général Blaizot, le capitaine Milon, a autorité pour traiter les problèmes militaires, en particulier celui de la création d’un Service d’action intérieur. Il est accompagné d’un opérateur radio, le sergent-chef Marmont. Le 8 juillet, Milon et Marmont établissent à Hanoi la première liaison radio directe entre Présage, le nouveau poste clandestin de Hanoi, et Calcutta. En dépit des réticences du général Mordant, les bases des organisations à créer sont posées. Autour du capitaine Milon participent à ces réunions le colonel Robert pour la future organisation du Tonkin, le capitaine Mingant pour celle du Nord-Annam et le capitaine Soclet, chargé de mettre en route celle du centre. Des travaux auxquels sont également associés le capitaine Levain, les officiers du BSM et certains autres militaires et civils. Mordant approuve le projet le 18 juillet. Le colonel Cavalin, secondé par le capitaine Soclet et les lieutenants de Cossette et Houel, est à la tête de l’ensemble, plus particulièrement chargé des liaisons SA-SR. Sous ses ordres, Levain dirige le SA et le capitaine Taix, le SR. Les organisations prévues seront progressivement mises sur pied : Rivière au Tonkin, aux ordres du colonel Vicaire ; Médéric dans le Nord-Annam, aux ordres du capitaine Peri, puis du commandant Biseuil ; Donjon dans le Haut-Laos, aux ordres du commandant Mayer ; Legrand en Cochinchine, aux ordres du capitaine Pauwells et Mangin au Cambodge, aux ordres du colonel Bellin.
Recommandée par Langlade, l’unification de la Résistance extérieure sous la direction d’un chef unique dépendant du Comité d’action, de même que la nomination officielle du général Mordant comme chef de la Résistance intérieure est chose faite en septembre 1944. La Résistance, devenue officielle, se trouve dotée d’une structure de commandement. En septembre, de Langlade peut enfin rencontrer l’amiral Decoux, qui accepte de couvrir l’action du général Mordant vis-à-vis des Japonais, en maintenant la façade gouvernementale (ce qu’il ne fera d’ailleurs pas). Ainsi, théoriquement mise en place et structurée, l’organisation de la Résistance doit maintenant recevoir les moyens d’exécuter sa mission. C’est l’objectif que poursuit depuis l’été, et sans relâche, le service d’action extérieure des Indes.
Les derniers mois de 1944 sont consacrés à l’organisation, à la mise en place et à l’équipement de la Résistance indochinoise. Le « Service d’action » intérieur, aux ordres du colonel Cavallin, se cloisonne en six organisations clandestines couvrant l’ensemble du pays, tandis que l’état-major révise ses plans d’opérations pour échapper à l’attaque surprise des Japonais et gagner les repaires de brousse reconnus et préparés. À Kandy, à Calcutta, à Jassore, le « Service d’action » extérieur, son bureau « Opérations », la SLFEO du gouverneur de Langlade, puis du capitaine Léonard, la « Section française pour l’Indochine » de la Force 136, coopèrent avec les Britanniques pour établir les liaisons et approvisionner la résistance intérieure. Jusqu’au 3 mars 1945, 121 parachutages, sur 220 tentés, fournissent à l’Indochine 32 postes B2 pour les liaisons à grande distance, 183 petits récepteurs Midget, plus de 4 500 armes diverses, des munitions, 4 tonnes d’explosif, du matériel divers, du ravitaillement, des médicaments, etc. Trois atterrissages d’avions légers permettent des liaisons de commandement dans les deux sens et des évacuations. 56 parachutistes sont largués trois groupes de Commandos destinés au Laos (capitaines Ayrolles, Fabre et Tual), des opérateurs radios, des officiers du SA spécialistes de la guérilla et des agents en mission. Au cours du seul mois de janvier, plus de 1 000 heures de vol sont ainsi effectuées par les appareils de la RAF. Le trafic radio entre les correspondants atteint 3 000 mots chiffrés/jour.
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Message  le 6 Lun 17 Déc - 10:24

Merci daniel pour ce document fort intéressant .

La force136 , le CLI , La génèse de notre CEFEO ...

Et quand on voit les noms des " instigateurs " de ces troupes , leurs actions ne pouvaient qu'ètre efficaces !

Il y a une suite ?? clown
le 6
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Message  Daniel Laurent Lun 17 Déc - 10:29

Bonjour,
Merci.
le 6 a écrit:Il y a une suite ?? clown
Peut-être mais hélas pas disponible chez moi.
Cette dame a pas mal écrit, affaire a suivre.
Daniel Laurent
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Message  jacquesdelarsay Jeu 24 Fév - 6:53

le 6 a écrit:Merci daniel pour ce document fort intéressant .
La force136 , le CLI ,  La génèse de notre CEFEO ...
Et quand on voit les noms des " instigateurs " de ces troupes , leurs actions ne pouvaient qu'ètre efficaces  !
Il y a une suite ??   clown

Et oui, il y a une suite, et pas une petite ! Extraits de mon livre à paraître LE FER ET L'AIGUILLE [i]2200 and de relations sino-vietnamiennes tumultueuses:

Après la conférence du Caire de novembre 1943, de Gaulle a compris la détestation et le mépris que Roosevelt lui voue et sa détermination à chasser le Français de toutes leurs colonies ; en janvier 1944, Il nomme donc le général Mordant chef de la Résistance contre les Japonais ; il prend le pseudonyme de Narcisse. Le même mois est créée sous les ordres du commandant François de Langlade, chef des services spéciaux de la France Libre à Calcutta, la Section de Liaison française en Extrême-Orient (S.L.F.E.O.), composée à l’origine d’officiers d’Indochine ayant rejoint la France Libre, la plupart devenus membres du B.C.R.A., les services secrets gaullistes créé à Londres le 15 April 1941 pour remplacer celui créé le 1er juillet 1940, auxquels sont joints des éléments venus de France et d’Afrique du Nord. De Gaulle la met en place pour préparer le retour des Français en Indochine. La S.L.F.E.O. dépend pour son emploi opérationnel de la célèbre Force 136 britannique, basée à Kandy dans l’ile de Ceylan et chargée d’organiser des maquis anti-japonais dans toute l’Asie du Sud-Est. Au sein de la Section de liaison est créé un service Action pour l’Indochine, la Section de l’Indochine française (S.I.F.). La Mission 5 s’étoffe sous l’impulsion de De Langlade ; deux branches sont ouvertes, l’une à Kunming et l’autre à Long-tcheou au Kuang-si, les trois centres passant sous le commandement de Pechkoff. Le 23 janvier 1944, celui-ci reçoit de Massigli des instructions précisant sa nouvelle mission. Il s’agit avant tout d’assurer la continuité des relations franco-chinoises en défendant les intérêts culturels, économiques et financiers de la France en Chine ». Le 23 janvier 1944, Pechkoff (1) reçoit de René Massigli des instructions pour lui préciser sa nouvelle mission. Il s’agit avant tout d’assurer la continuité des relations franco-chinoises, en défendant les intérêts culturels, économiques et financiers de la France en Chine. Tout en essayant de les étendre et de les consolider « en les présentant comme les éléments essentiels de la collaboration matérielle et morale de la Chine avec la France sur un pied d’égalité » :

Les circonstances présentes ne sont pas favorables au règlement immédiat de la question […] mais, dans le principe, le Comité reconnaît le bien fondé des désirs du gouvernement chinois et, dans la pratique, il est disposé à rechercher avec ce dernier, les accommodements de fait qui permettront d’établir un modus vivendi satisfaisant pour les parties en cause. »


(1) Un destin hors du commun ! Né Yeshua Sverdlov le 16 octobre 1884 d’un père graveur juif, et frère aîné du célèbre dirigeant bolchévique Iakov Sverdlov, Maxime Gorki est son parrain lorsqu’il se convertit à la religion orthodoxe. Devenus très liés, Gorki l’autorise à porter le vrai nom de l’écrivain, Pechkov. En 1904, il fuit au Canada pour échapper au service militaire, ce qui lui vaut de la part de Gorki le vocable de « pauvre valet de la bourgeoisie » et son reniement. Après de multiples pérégrinations, il se retrouve à Paris à la déclaration de la Première Guerre mondiale, se fait naturaliser français, s’engage dans la Légion, perd un bras à Verdun, participe à la bataille de France de 1940 et est mis à la retraite par Vichy. En 1941, il fuit à Alger et rallie la France Libre. Nommé colonel par de Gaulle fin 1941 et envoyé en Afrique du Sud pour organiser l’achat d’armes, il réussit tellement bien cette mission qu’il est ensuite chargé d’aider le ralliement à la France Libre des colonies françaises d’Afrique de l’Ouest, tâche à laquelle il contribue brillamment. C’est donc un militaire-diplomate chevronné, promu général pour la circonstance, que de Gaulle délègue en Chine. C’est ensuite l’aventure yunnanaise. En 1946, de Gaulle le nomme ambassadeur de France au Japon, puis plénipotentiaire lors des pourparlers précédant la reconnaissance de la Chine par la France en 1964. Grand officier de la Légion d’honneur, il meurt à Paris le 27 novembre 1966.
Comme de Gaulle l’avait déjà prescrit, Pechkoff a surtout pour consigne de ne rien faire quant à l’abrogation des traités inégaux et de faire patienter le gouvernement chinois en déclarant : « Mais il s’agit surtout de préparer la restauration de la souveraineté de la France sur l’Indochine après le départ des troupes japonaises. » À cet égard, le rôle de Pechkoff déborde largement les frontières de Chine et s’étend à la colonie indochinoise. Le 29 février, de Gaulle lui envoie une lettre détaillant ses instructions pour en vue du retour des Français en Indochine, lettre dans laquelle il précise notamment que « c’est de l’efficacité de cette résistance intérieure de l’Indochine, que dépendra le retour de l’Indochine à l’Empire français », ce qui prouve bien qu’à cette époque, de Gaulle n’avait aucune intention d’abandonner le colonialisme. Decoux n’est pas ampliative de la lettre, car le général s’en méfie, étant persuadé que l’amiral joue double en ayant des contacts directs avec Tchang sans l’en informer.

En mai 1943, les groupes contrôlés par Emblanc et Meyneir sont réunis pour former la Mission 5. En avril 1944, Tchang Kai-check accepte d’accréditer Pechkoff comme délégué du Comité français de libération nationale, alors que, jusqu’ici, il l’appelait avec quelque mépris « Ce Russe blanc des terres noires ». C’est le premier pas vers la reconnaissance de la France Libre, tant attendue depuis des mois. Pour entériner cette décision, Tchang reçoit Pechkoff le 1er mai. Il lui affirme qu’il « aiderait la restauration de l’autorité française en Indochine ». Depuis le débarquement, il est clair que la légitimité de de Gaulle est solidement établie. Tchang commence à songer à abandonner Vichy. Le 10 octobre, Tchang invite Pechkoff à venir le voir ; très surpris, Pechkoff se rend à l’invitation. Les deux hommes se voient pendant un peu plus d’une heure. Tchang rappelle à son interlocuteur l’amitié séculaire entre la France et la Chine ainsi que l’identité « presque parfaite entre l’esprit français et chinois » : « L’esprit français est plus proche de la mentalité chinoise que l’esprit anglo-saxon. La Chine désire que la France continue à former les spécialistes dont la Chine a besoin. » Concernant l’Indochine, le généralissime confirme à nouveau qu’il n’a aucune visée sur son territoire, et que si les Chinois peuvent aider la France à restaurer son autorité sur la colonie, ils le feront volontiers. Pour finir, Tchang Kai-chek affirme regretter ne pas connaître le général de Gaulle dont il admire la sagesse et l’énergie et charge Pechkoff de lui transmettre sa photo dédicacée. Pechkoff envoie aussitôt un rapport à Paris pour relater cette entrevue. Le 23 octobre, les États-Unis, l’U.R.S.S., le Royaume Uni et la Chine reconnaissent officiellement le Gouvernement Provisoire. T.V. Song prévient Pechkoff que Tchang va nommer un ambassadeur à Paris et renouvelle l’assurance que les Chinois n’ont aucune visée sur l’Indochine. Pechkoff part en France pour informer ses dirigeants et y recevoir de nouvelles instructions. Le 2 novembre, ces paroles sont confirmées par T.V. Song, lors de l’audience qu’il accorde au conseiller de Pechkoff. Le 10 novembre 1944, de Gaulle nomme Pechkoff ambassadeur de France à Pékin, tandis que Chiang Kai-chek délègue en France le docteur Qian Tai qui, depuis le 27 août 1943, était représentant de la Chine auprès de la France Libre.

Ce n’est que début juillet 1944 que la Résistance anti-japonaise s’organise vraiment en Indochine. Le 5 juillet, de Langlade est parachuté au-dessus du Tonkin par un avion de la Force 136 ; il rencontre à Hanoï le général Mordant, qu’il parvient à convaincre de rallier la France libre et de devenir le chef de la résistance indochinoise (il prend le pseudonyme de « Narcisse »). Les résultats ne se font pas attendre ; en particulier, les messages radio que la Résistance envoie aux Américains de Kunming des messages radio sur les positions japonaises en Indochine. Les épisodes ne manquent pas, dont trois le 1er août 1944. Ce jour-là, de Gaulle crée un Comité d'action pour la libération de l'Indochine, présidé par René Pleven et comprenant, entre autres, Jean Soustelle, Jean Chauvel et le général Juin. Le même 1er août, Chang annonce la rupture avec Vichy ; la reconnaissance de De Gaulle par les Américains n'est sûrement pas sans rapport avec l'abandon du régime de Vichy par les nationalistes chinois. Le même 1er août, Tchang annonce la rupture avec Vichy. Le reconnaissance de De Gaulle par les Américains n’est certainement pas étrangère à cette décision ; bien qu'appartenant à la France de Vichy, entre le 2 et le 4 août, les Nationalistes prennent le contrôle du côté chinois des chemins de fer du Yunnan, puis des établissements Français de la province, ce qui provoque des difficultés avec les Français Libres, difficultés rapidement apaisées, pour Tchang déclare un peu plus tard qu'il souhaite maintenir la tranquillité de la frontière tonkinoise et de bonnes relations avec les autorités françaises, et qu'il est tout à fait prêt à faciliter les communications entre les Français du Yunnan et l'amiral Decoux. Concernant la reprise des chemins de fer du Yunnan, Pechkoff reçoit le message suivant d'Alger : « A nos yeux, la réquisition militaire du réseau et des installations dont nous n'avons pas la capacité de discuter la nécessité, n'affecte pas la propriété ou le statut des entreprises. Cependant, nous ne refuserons pas d’examiner avec le gouvernement chinois, lorsque les circonstances seront redevenues normales; le problème des lignes ferroviaires en ce qui concerne qui en est propriétaire, de façon à établir des rapports économiques de confiance et profitables entre la Chine et l’Indochine. » Enfin, le même 1er août, alors en Chine, un certain Pierre Boulle (3 )décide de tenter de passer au Tonkin en descendant sur un radeau en bambou la Nam Na, un affluent de le rivière Noire. (3) Encore un destin hors-série ! À la déclaration de la guerre le 1er septembre 1939, Pierre Boulle, alors technicien dans une plantation d’hévéas anglaise en Malaisie, se rend à Singapour, puis à Saïgon, où il se porte volontaire pour le Front et est démobilisé. De retour à Saïgon en juin 1941, il fuit la ville de façon à « échapper à une pénible atmosphère de résignation et de défaitisme ». Il s’engage dans la France Libre, s’échappe de Singapour lors de l’invasion japonaise de la Malaisie début décembre 1941, et rejoint Rangoon. Les Anglais l’envoient à Kunming. Après son évasion du 30 novembre 1944, il rejoint Calcutta, où il s’engage dans la Force 136, une unité du Special Operations Executive (SOE) anglais formée pour encadrer des maquis anti-japonais en Asie du Sud-Est. À la fin de la guerre, il retourne à Paris, où de Gaulle l’honore de plusieurs médailles et où il raconte ses aventures dans Aux sources de la rivière Kwaï, puis publie entre autres deux chefs-d’œuvre, Le Pont de la rivière Kwaï (1952) et La Planète des Singes (1962). Le 6 août, il débarque à Lai Chau, pensant y trouver des complicités, mais il est capturé par des paysans qui le remettent au chef du territoire, hélas un vichyste ; celui-ci l‘expédie à Hanoï, où une Cour de Justice le condamne à la dégradation, à la déchéance de la nationalité française et aux travaux forcés à perpétuité pour trahison. Transféré à Saïgon, il parvient à s’évader le 30 novembre et donne à la Résistance intérieure des informations de grande valeur sur ce qui se déroule en Chine.



Le 19 août, de Langlade se rend à Alger et fait approuver par le Comité d’action la nomination de Mordant comme délégué général du Comité en Indochine, ce qui fait du général le chef de la résistance dans la péninsule. Le 28, Tchang remet à Pechkoff un message destiné à de Gaulle : « Pendant quatre ans nous avons suivi avec une sympathie et une admiration profonde la bataille dans laquelle les Français se sont engagés sous votre brillante direction. La délivrance de votre vénérable capitale de l’occupation nazie, prélude à la libération complète de votre patrie, est la récompense bien méritée de vos nobles efforts. » Pour le remercier, le général lui envoie une photo dédicacée (ainsi qu’à son beau-père Soong, qui en avait fait la demande, ce qui prouve que les Nationalistes commencent à prendre la France Libre au sérieux).

Pendant ce temps, en juillet 1944, Giap constitue près de Cao Bang la première unité de l’Armée Viêt Minh, 34 hommes sûrs dont il baptise la section du nom de Trân Hung Đao. Pauvre « armée » équipée de deux revolvers, 17 fusils, 14 carabines et une mitrailleuse légère, chaque homme ayant 20 cartouches. Tous les hommes prêtent un serment en dix points, dont le premier est « Tout sacrifier à la patrie pour rendre le Viêtnam indépendant » et le dernier, enseignement politique chinois oblige, « User de l’autocritique pour s’améliorer. » Le 24 décembre, la petite armée s’empare de deux postes français près de Nguyên Binh, Phai Kat et Na Ngân ; la nouvelle de ces « victoires » amènent des volontaires et la section devient une compagnie. C’est à cette époque que Giap comprend que des troupes régulières sont insuffisantes et qu’il décide de créer des milices régionales et des unités communales d‘auto-défense. Il procède ensuite à l’élargissement de la zone Viêt Minh autour de Cao Bang.

Pour compléter la tâche de Pechkoff et resserrer les liens franco-chinois, du 8 septembre au 27 décembre, une mission culturelle et une mission économique françaises sont envoyées à Tchoungking. Cette dernière est chargée d’étudier avec les responsables chinois les besoins – gigantesques – du pays en ce qui concerne la reconstruction, l’énergie, les industries, les transports et autres. Le 10 octobre, Tchang invite Pechkoff à venir le voir. Très surpris, car il savait que Tchang l’appelait « le Russe blanc des terres noires », il se rend à l’invitation. Les deux hommes se voient pendant un peu plus d’une heure. Tchang déclare à son interlocuteur qu’il désire reprendre et surtout développer les relations sino-françaises le plus vite possible, reprenant la vieille amitié séculaire entre la France et la Chine. Sans oublier l’identité « presque parfaite entre l’esprit français et chinois » : « L’esprit français est plus proche de la mentalité chinoise que l’esprit anglo-saxon. La Chine désire que la France continue à former les spécialistes dont la Chine a besoin. » Concernant l’Indochine, le généralissime confirme à nouveau qu’il n’a aucune visée sur son territoire, et que si les Chinois peuvent aider la France à restaurer son autorité sur la colonie, ils le feront volontiers. Pour finir, Tchang affirme regretter ne pas connaître le général de Gaulle dont il admire la sagesse et l’énergie et charge Pechkoff de lui transmettre sa photo dédicacée. Le 23 octobre 1944, Tchang rompt avec Vichy et reconnait la France Libre. À partir de novembre 1944, la S.I.F. procède à des lâchers de parachutistes français sur l’Indochine. Des notes du 20 et 24 novembre 1944 rouvrent les consulats français en Chine, en ouvrant même de nouveaux, et ceux de la Chine en France et dans les colonies.

En mars 1945, Pechkoff négocie avec Tchang Kai-check, qui l’autorise à faire venir la S.L.F.E.O. à Kunming, où elle arrive mi-avril 1945, dirigée par Jean Sainteny. Le 20 avril 1945, ce qui reste de l’Armée française d’Indochine est rattachée par de Gaulle au Théâtre « Chine ». Le général Sabatier, qui la commande alors, est nommé chef de la Mission militaire, qu’il désire reprendre et surtout développer le plus tôt possible les relations sino-françaises à Tchoungking, mais avec une réserve aussi importante que malheureuse : les services secrets ne dépendent pas de lui, mais de la D.G.E.R., qui est représentée à Calcutta alors que le général Blaizot, chargé de constituer un corps expéditionnaire pour le retour des Français en Indochine, est basé à Kandy (Ceylan). L’existence de tous ces organismes crée un véritable chaos au point que, le 23 avril, plusieurs messages sont envoyés à de Gaulle par un adjoint de Pechkoff, dont l’un déclare :

« Le spectacle de division et d’incohérence que nous avons donné jusqu’ici en Chine n’a certes pas encouragé nos compatriotes à diriger vers nous leurs efforts. C’est sans doute pourquoi, ils se sont efforcés de toucher plutôt les Américains qui eux disposent d’une force militaire solide et à leur défaut, les Chinois. La tâche la plus urgente consiste donc à prendre en main, la conduite de la Résistance à l’intérieur de l’Indochine. Mais comme je le disais plus haut, cette tâche sera longue. Je ne sais si nous aurons le temps de la mener à bien […] en effet, le jour, peut-être prochain où le régime de Vichy s’effondrera, les Japonais prendront sans doute une décision brutale pour liquider l’administration français. »

Cette situation hélas typiquement française a une conséquence désastreuse pour les Français : le général américain Wedemeyer ayant enfin pensé que les 7000 soldats français qui y sont basés lui seraient bien utiles contre les Japonais, il propose de les utiliser pour une offensive locale. Hélas pour lui, les dissensions entre les services français et leur amateurisme, ainsi que les instructions contradictoires que reçoit le général Sabatier, qui était d’accord avec le projet, finissent par dégoûter Wedemeyer. Le résultat ? En juin 1945, les Américains pensent que le Viêt Minh sera plus utile que les Français pour combattre les Japonais. La Mission 5, dont Jean Sainteny a pris la direction, est liquidée le 5 octobre 1945.

Autre suite imporatnat : pas mal d’anceisn memebres de la Mission 5 forme els cadres du fameux GMCA dirigé par Grall, puis Trinquier. J’y reviendrai dans un poste passionnant sur le grand chef H’mong Chau Quan Lô.





jacquesdelarsay

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