Lieutenant Jean Jouatte de la CCB2 du 2/24° RMTS

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Lieutenant Jean Jouatte de la CCB2 du 2/24° RMTS

Message  le biffin le Mer 11 Déc - 17:47

bonjour à tous,

Ayant fait des recherches sur la carrière du lieutenant Jean Jouatte,je vous joins un extrait d'un article paru dans Militaria Mag N° 273

Le 27 octobre, le lieutenant Jean Jouatte quitte l’état-major pour rejoindre le 2ème bataillon de marche du 24ème régiment de tirailleurs sénégalais à Trung Ha, commandé par le capitaine Tourret, futur héros à Diên Biên Phu avec le 8ème B.P.C.. Il est affecté au poste d’officier de sécurité, sous les ordres du lieutenant Lemaire à la compagnie de commandement (C.C.B.2). Début novembre, il participe au repli des postes de l’ouest de la Rivière Noire vers la boucle du Fleuve Rouge. Le 27 novembre il rejoint Hanoï pour un stage d’officier de renseignement. De retour le 6 décembre, il prépare le repli du poste de commandement de Trung Ha pour Sontay. Suite à sa formation, il prend aussi les fonctions d’officier de renseignement. Activité de patrouilles et de reconnaissance sont le quotidien de cette fin année. Le 10 janvier 1951, l’unité est sur son 31, le Général de Lattre De Tassigny inspecte le sous-secteur. Trois jours plus tard, de l’autre coté du Fleuve Rouge, c’est le début de la bataille de Vinh-Yen qui voit toute la zone s’embraser. Les viets frappent la où on les attendait le moins à Vinh-Yen, alors que de Lattre voyait une offensive directe sur Hanoi. Le secteur 2/24ème R.T.S est plutôt calme, au loin ils entendent l’artillerie, les postes sont survolés par les Hellcats du groupe Corse, qui pour la première fois en Indochine utilise le napalm.

Le 16 janvier vers 23 heures, les viets qui débordé à Vinh-Yen, qu’ils ne parviennent pas à prendre, attaquent les postes de Trung Ha puis celui Dan The et de Vinh-Phé et prennent d’assaut toutes les tours de guet. Les tirailleurs des 6ème et 7ème compagnies sont malmenées, mais tiennent leurs positions. La tour de Vinh-Phé défendue par des partisans est attaquée par les « Viêts » au bazooka, elle est en feu. Le canon de 75 mm de Trung Ha tire au profit du poste Dan The, mais au cours de la nuit le percuteur de celui casse. A l’aube, un peloton de la C.C.B.2, encadré par le capitaine Tourret, les lieutenants Kléber et Jouatte quitte Sontay pour secourir Trung Ha. Pour remplacer le 75 mm, le groupe est renforcé d’une pièce de 105 M3 et de ces servants du 4ème R.A.C.M.. Après quelques kilomètres, une coupure en forme de touche de piano stoppe la colonne. Au même instant, une grêle de balles et des tirs de mortiers s’abattent sur eux. Les canonniers détellent en catastrophe et tirent dans le tas une dizaine d’obus, font de nombreuses victimes chez l’ennemi avant d’être submergés. Les Africains se battent avec rage. Le radio du capitaine, le sergent Durant, est tué. Le groupe de combat est anéanti. Certains hommes arrivent à décrocher, dont Tourret et le lieutenant Dadjo Kléber (futur président de Togo). Mais les pertes sont sévères : 10 morts et 14 disparus ; le lieutenant Jean Jouatte est de nouveau fait prisonnier. Le détachement a également perdu ses véhicules et le canon de 105mm.
Les combats se poursuivent jusqu’au 18 janvier, l’issu finale revient au 2/24ème R.T.S. qui a stoppé le T.D. 48 avant Sontay. Mais les pertes sont lourdes, d’après le journal de marche du 2/24ème R.T.S. elles s’élèvent à 13 tués et une cinquantaine de disparus. A cela, on doit ajouter la compagnie de supplétifs du lieutenant Milcent la 27ème CLSM (Compagnie Légère de Supplétifs Militaires) et les partisans de plusieurs postes. Outre le lt Jouatte le bataillon perd deux autres lieutenants ; Lecomte ancien du commando Ponchardier et le lieutenant Milcent plusieurs fois cité au bataillon, ainsi que l’adjudant chef Gaudas et Adj. Veglio.

Mais d’après un rapport de l’adjudant Gaudas, les pertes doivent être plus élevées :

« Le combat a pris fin. Je suis allongé au sol, blessé à la hanche droite et atteint d’éclats de grenades, 20 Sénégalais blessés à mort gisent dans la boue de la rizière. Ils sont achevés sur place. Moi-même ne doit la vie sauve qu’au port de mes galons. Ils m’avaient pris pour un officier et pensaient aux renseignements à obtenir. »

Vers le 26 janvier, Jean Jouatte et les prisonniers du bataillon se retrouvent dans un camp de rassemblement sur le Mont Bavi, adjudant chef Gaudas blessé arrive le dernier. Les viêts ayant sûrement récupéré l’appareil photo du lieutenant Jouatte prirent une série de quatre photos des prisonniers. Les viêts les feront circuler comme pièce de propagande. Le lieutenant de Heaulme ancien du 1/24ème R.T.S. , alors officier de renseignement du secteur nord fleuve rouge, en a récupéré trois par l’intermédiaire d’un de ses agents. Le 27 janvier à l’aube, c’est le départ des prisonniers valides. Les officiers sont en tête, attachés par le cou au moyen d’une longue corde, suivi des européens. Enfin les Sénégalais sont libres et seulement escortés. Il leur faut un mois pour rejoindre l’un des camps N°5 situés dans le Thanh Hoa

Jean Jouatte et les officiers sont dirigés vers le N°5 E. Quelques jours après leur arrivée, Jean Jouatte retrouve son ami le lt Jacques Ladeuil du 6ème RIC, fait prisonnier le 19 janvier. En mai, c’est le lieutenant Banzet qui rejoint son camarade Ladeuil. Enfin en juin c’est le pilote Henri Ferrando du 1/6 Corse qui se joint au groupe. Ces hommes tentent de survivre, mais dans le camp on manque de tout, nourriture, médicaments et savons fond défauts. Les repas sont maigres : deux bols de riz par jour. A cela, viennent s’ajouter les interventions du commissaire politique.

Extrait des témoignages du Lieutenant Blanc et Adjudant chef Gaudas sur l’évasion du lieutenant Jouatte :

Il faisait partie d’un groupe de 6 qui en 1951 fut détaché par les « Viets » du camp N° 5 E (Mohan) au camp volant dit « de la forêt ». Ils doivent y couper des bambous et confectionner des fagots de bois. Ces 6 officiers comprenaient : les lieutenants FERRANDO aviateur, MILCENT, JOUATTE , LECOMTE , BANZET et LADEUIL.

Le 19 juin, à l’exception de Milcent (immobilisé par le palu et la dysenterie), ils s’évadèrent en direction du Laos sous la direction de Ferrando, qui avait souvent survolé cette région et se promettait de leur faire atteindre les premiers poste du Laos. « Se frayant un passage au coupe-coupe, au travers des fourrés de la jungle très épaisse en ces lieux, ne possédant que très peu de vivres, ils errèrent dans la forêt pendant quinze jours au cours desquels ils ne purent se nourrir que d’un serpent qu’ils tuèrent et durent manger crû. Ils furent repris exténués de fatigue et de privation. » Ramenés au camp 5 D de Kim-Tan où ils furent mis aux fers immédiatement et du point de vue alimentaire soumis à la ration Y ( 100 grammes de riz par jour ). Lors d’une visite du chef des camps 5 ( un bagnard de Poulo Condor), ils furent également condamnés à 100 coups de rotin qu’ils reçurent sur les jambes, le lieutenant Ferrando, pour avoir organisé l’évasion, eut en plus les jambes brisées à coups de gourdin. Ensuite, ils furent remis aux fers et à l’isolement pendant un mois.
Un matin, libérés des fers, les officier, quittent le camp N°5 D pour rejoindre le 5 E. En colonne par un, ils passent devant nous et nous quittent à jamais. Le lieutenant Lecomte, malgré sa fatigue, porte un de ses camarades à califourchon (ce dernier est presque infirme).
Le 13 septembre 1951, le Lieutenant Jean Jouatte décède en captivité des suites des mauvais traitements. Du groupe des lieutenants, aucun ne revient de captivité. Seuls quelques tirailleurs, supplétifs et les deux adjudants Gaudas, Veglio furent libéré.






Bien cordialement le biffin
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honneur au LT JOUATTE

Message  adrien le Mer 11 Déc - 19:48

HONNEUR  à ces héros  que bien peu connaissent. ILs ont servi avec héroisme jusqu'au sacrifice suprème aprés avoir subit humiliations et tortures. L' ennemi qui gardait les prisonniers étaient des rebuts humain que l'endoctrinement abaissait au niveau de l'animal.
Que le souvenir du LT JOUATTE ET DE SES CAMARADES reste vivant. HONNEUR ET RESPECT à ces BRAVES parmi LES BRAVES;
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Re: Lieutenant Jean Jouatte de la CCB2 du 2/24° RMTS

Message  Lirelou le Jeu 12 Déc - 7:49

Bonjour,

Merci pour cette page d'histoire et pour avoir rappelé à nos mémoires ces soldats, officiers, sous-officiers et tirailleurs qui combattaient dans l'indifférence loin de chez eux.
Beaucoup de français devaient dire ce que l'on entends encore trop souvent aujourd'hui : "mais qu'est ce qu'on fait là bas ?".
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Re: Lieutenant Jean Jouatte de la CCB2 du 2/24° RMTS

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