poème de Suzane Pautot "Monsieur l'aumônier n'a pas su"

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poème de Suzane Pautot "Monsieur l'aumônier n'a pas su"

Message  semperfidelis le Mer 8 Aoû - 13:06

MONSIEUR L'AUMONIER N'A PAS SU...

Monsieur l'Aumônier vous n'avez pas su
Nous bien parler de Diên Biên Phu.

Une amie ce dimanche est venue me trouver
Et m'a dit : Ce soir au presbytère un prêtre va causer
Dans une salle bien chauffée, au parquet bien ciré.
Une centaine de personnes étaient là rassemblées

Assises en rond. Au milieu un jeune officier
Charmant dans un bel uniforme. C'était un aumônier
De Diên Biên Phu. Il avait vécu auprès de mon enfant
Et j'allais donc revivre tout en l'écoutant
Les heures tragiques de cette épopée
Et celles plus affreuses de la captivité.

On était bien assis, on avait bien chaud.
Toutes sortes de croix brillaient sur les héros.
On a commencé comme cela doit se faire
Par un Je vous salue et par un Notre Père.

Puis Monsieur l'Aumônier fit de la Stratégie
Il situa exactement tous ces lieux dits
Eliane, Huguette, Claudine, Isabelle, prénoms doux et charmants
Donnés à ces endroits où coula tant de sang.

Il nous dit la date à laquelle ils tombèrent.
C'était un peu comme un communiqué de guerre.
Moi je croyais revivre les heures tragiques
Qu'ils avaient vécues. Je pensais que leur âme héroïque
Recevrait l'hommage qui leur était dû
Que...
Monsieur l'Aumônier vous n'avez pas su
Nous bien parler de Diên Biên Phu.

Puis l'orateur parla de sa captivité
- Un camion, dit-il, nous a emmenés
Quelques reporters tentèrent de s'évader
Nous y avons gagné d'être alors déchaussés.

Arrivés au camp, nous fûmes mis
En cellule. Pour nourriture du riz.
Mais quand vint le moment de la libération
Alors nous fûmes choyés. Restitution
De ce qui nous fut enlevé. Repas soignés.
Tel fut le récit de sa captivité.

Moi, je voyais le défilé interminable
De pauvres hommes harassés et minables
Le froid, la pluie, et presque pas vêtus !
Huit cents kilomètres dans la jungle pieds nus
Tous ceux-là mourant sur le bord des chemins
Et que les camarades devaient laisser sans soins.

Je voyais les camps affreux où l'on mourut
De faim, d'épuisement, de fièvres inconnues.
On les isolait pour leurs derniers instants
Dans la paillotes des mourants.

On les enfouissait sans croix, sans rien,
Aussi anonymes que quelque pauvre chien.
Oui, je croyais entendre évoquer ce calvaire
Que pour eux, tous émus redisait la prière.

Monsieur l'Aumônier, vous n'avez pas su
Nous bien parler de Diên Biên Phu.

Après que l'on eut posé quelques questions
Dépourvues d'intérêt autant que d'émotion
L'auditoire souriant serra la main
De l'orateur, et le félicita et ce fut très mondain

Atterrée, je pensais que c'était sûrement par modestie
Que cet homme si brave fut tellement concis
Mais que ceux qui avaient mené ce dur combat
Avaient droit à d'autres paroles que celles-là.

Je me disait aussi que ces pauvres enfants
Etaient un peu morts pour ces gens florissants
Et je sentis alors intensément
Que là n'était pas la place d'une maman.

Monsieur l'Aumônier, vous n'avez pas su
Nous bien parler de Diên Biên Phu.


Suzanne Paulot
Chants pour mon fils, Pierre, tombé à Diên Biên Phú

semperfidelis

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Date d'inscription : 19/06/2010

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