Le parcours d'un sous officier de la coloniale : Michel Barranger

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le parcours d'un sous officier de la coloniale : Michel Barranger

Message  Admin le Lun 2 Avr - 11:32

Bonjour à tous,

Comme annoncé dans "Actualité de la mémoire", nous avons appris la semaine dernière la mort du sergent-chef Michel Barranger, qui était un très bon ami. Jeudi dernier, j'ai participé à ses obsèques à Pessac et fait connaissance de sa famille, des gens très gentils. Sa fille m'a fait don des décorations de mon ancien, beaucoup d'émotion. Je vous en ferais une photo sous peu. Ils m'ont également autorisé à mettre sur le forum les photos de l'album du sergent Barranger. Qu'ils en soient remerciés et qu'ils soient assurés de mon dévouement pour transmettre la mémoire et le témoignage de leur père.

Voici le texte envoyé à l'amicale des anciens du RICM résumant son parcours :

Il est des hommes dont l’exemple marque le sacrifice de toute une génération de combattants. Le sergent-chef Michel Eugène Barranger, décédé le lundi 12 mars 2012, était de ceux-là. Né le 1er Avril 1929 à Saint Hilaire de Riez, en Vendée, son enfance est difficile, orphelin à neuf ans après le décès de ses parents. Placé dans une famille d’accueil, il vit les affres de l’occupation allemande. Il s’engage en avril 1947 au titre du Régiment Colonial de Chasseurs de chars, basé en Allemagne, où il sert au 5ème puis au 4ème escadron. Quelques mois plus tard, volontaire pour l‘Extrême Orient, il embarque sur le « Maréchal Joffre » le 6 février 1948. Il arrive à Haiphong le 8 mars 1948. Il est affecté au RICM.
Là, il découvre l’Indochine enchanteresse, ses paysages merveilleux et l’extraordinaire petit peuple vietnamien. Il tombe fou amoureux de ce pays. Il combat au Tonkin, principalement sur la RC4, cette route maudite où ses missions d’ouverture de convoi avec char Tank Destroyer américains peuvent tourner au drame à tout instant. Il se distinguera pour son courage et sa loyauté. A Cao Bang, il côtoie des soldats de légende, comme par exemple le capitaine Antoine Mattei, du 3ème REI, héros du livre « Par le sang versé », de Paul Bonnecarrère. Cao Bang, cette ville irréelle où la survie de chaque jour est incertaine et où les hommes profitent excessivement de la vie pour tromper la mort qui les guettent à chaque instant. Un soir, il rencontre le colonel Charton, habillé en simple légionnaire, et accompagné de son fidèle chauffeur, un allemand dont la taille impressionnante tient en respect tous les fauteurs de troubles, qui écument les bars de la ville en s‘engueulant mutuellement sans vergogne, sans distinction de grade. L’esprit légion et le respect des hommes se témoigne ici dans toute son intensité. Michel est émerveillé par ces hommes de la Légion pour lesquels il gardera toujours un grand respect. Il est blessé au dos durant une embuscade. En fin de séjour, il est rapatrié le 7 juillet 1950 sur le «S/S Cap Tourane ». A son retour, il sert au 1/3ème RIC. Volontaire pour un deuxième séjour, il embarque cette fois sur le « S/S Skaugum » et arrive à Haiphong le 18 décembre 1951. Engagé dans les opérations des Groupements Mobiles créés par le maréchal de Lattre, il se distingue encore dans des opérations sur char Sherman dans la région de Sept Pagodes et dans les environs d‘Hanoi, comme à Vinh Yen, surmonté par le poste perché sur un piton rocheux, devenu célèbre depuis la mort du fils unique du maréchal de Lattre, Bernard, lieutenant au 1er RCC, un an plus tôt. Cantonné au camp Erulin, près de Phu Lang Thuong, il sympathise avec le capitaine Henri Gendre et ses tirailleurs du 5/7ème RTA, dont la plupart seront tués quelques mois plus tard à Dien Bien Phu. Il accède rapidement au grade de caporal puis cela de sergent en 1953. Alors que la bataille qui va décider du sort de l’Indochine fait rage, des officiers passent dans toutes les unités du delta tonkinois pour rechercher des volontaires. L’état major racle ses fonds de tiroirs. Michel, sans hésitation, répond présent pour sauter rejoindre ses frères d’armes dans l’enfer du camp retranché. Mais alors qu’il s’apprête à embarquer dans les Dakotas, ils apprennent la chute de Dien Bien Phu. Il rencontre alors une jeune vietnamienne à Hanoi, Gian Chu-Ti, avec laquelle il se marie 24 juillet 1954. De ce mariage nait la même année une fille, Monique. En fin de séjour, il quitte l’Indochine le 31 décembre 1954 avec son épouse et sa fille. Il aidera également la famille de sa femme, catholiques du Tonkin, à venir en France pour échapper aux persécutions des vietminh. En France, il rejoint à nouveau le1er RIC, cette fois au 1er bataillon. Un nouveau conflit l’attend, l’Algérie. Le 8 août 1955, le « Ville d’Oran », il débarque à Bône deux jours plus tard. Il servira dans les régions de Batna, Didjelli, Colla, dans le nord et le sud constantinois. Il souscrit un nouvel engagement au titre du Régiment de Marche du Tchad, où il arrive, en métropole, le 11 mai 1956, au 1er Bataillon, 2ème compagnie pour « participer au maintien de l’ordre en AFN ». Retour en Algérie, à Oran, le 22 Juin 1956. Il servira cette fois au Maroc, à Sidi Bettache, Agadir et Rabat. Après une permission de quelques jours en France fin 1956, il retrouve sa compagnie à Casablanca le 8 janvier 1957. Désigné pour servir en Afrique Equatoriale Française ,il embarque sur le « S/S Mangin » le 3 mai 1957. Il arrive à Douala, où il est affecté dans l’Escadron Blindé du Cameroun puis en fin d’année 1957 au Bataillon de Troupes Coloniales n°2, qui prendra bientôt le nom de 17ème RIMa. Le vendredi 27 novembre 1959, il embarque sur le « S/S Brazza » pour revenir à Bordeaux. En mars 1960, il rejoint le 43ème RBIMa à Constance (Allemagne) puis le 1er RBIMa. Le 1er Juin 1961, il arrive à Bône par avion, où il est affecté à la 3ème Compagnie de Commandement. Le 27 Août 62, il quitte définitivement l’Algérie. Il est affecté dans les Côtes Françaises des Somalis et débarque à Djibouti le 15 octobre 1962 avec son épouse et sa fille après un voyage idyllique de dix jours sur le « S/S Pierre Loti ». Il est affecté à l’Escadron de Reconnaissance des forces françaises de Djibouti, qui devient en janvier 63 le 6ème EBIMa puis 57ème Régiment interarmes d‘Outre Mer. Le 16 avril 1965, il embarque sur le « M/S Laos ». A son retour en métropole, le 17 août 1965, il retrouve le RICM à Vannes, où il intègre le 4ème escadron. En janvier 1966, il quitte l’armée après 2 séjours en Indochine, 3 séjours en AFN et 25 ans de bons et loyaux services donnés à la nation.

Il s’installe à Pessac, en Gironde, où il travaillera encore au service des autres dans un hôpital, et se lie d’une grande amitié avec son voisin, le caporal-chef Jacques Picard, un autre ancien du RICM. Quelques années plus tard, ils rencontrent Roger Duolé, un autre voisin, ancien du 5ème Cuirs en Indochine. Des liens solides, uniques, reposant sur la camaraderie, se formera rapidement entre ces nouveaux « 3 mousquetaires ». Michel avait effectué plusieurs séjours de retour au Vietnam avec sa famille. Le décès de son épouse, en 2006, l’avait profondément marqué.

J’ai rencontré Jacques, Michel et Roger en 2009. Nous avons passés des journées entières à parler de l’Indochine. J’ai été touché par sa simplicité, sa gentillesse extrême et son humilité. Il n’aimait pas parler de ses faits d’armes, mais voulait tout de même témoigner, pour ses camarades. Dans les dernières années de sa vie, son engagement dans les associations patriotiques fut intense. C’était également un homme d’une grande foi, catholique pratiquant et toujours prêt à se rendre utile. La diversité de ses engagements associatifs témoignait de son envie de pouvoir servir son prochain.

Malade depuis plusieurs mois, il a confié à son petit fils avant de s’éteindre : « Ma vie a été bien remplie, j’ai 83ans. Je ne regrette rien. J’ai une famille magnifique, je laisse sans crainte mes enfants, mes petits enfants et mes arrières petits enfants. Je m‘en vais rejoindre ma femme ».

Michel, lors de tes obsèques, le jeudi 29 mars dernier, tous tes amis étaient présents, ainsi que ta famille. La présence de plus de 20 drapeaux a montré, tout autant que l’hommage que tu méritait amplement, à quel point tu étais apprécié de tous. Tu reposes désormais avec ton épouse au cimetière de Gujan Mestras et tu as désormais retrouvé tous tes camarades morts au combat, ceux avec lesquels tu as servi au grand paradis des anciens. Nul doute que de là-haut, tu veilleras sur tes proches et sur tous les marsouins du RICM qui marchent sur tes traces. Dans nos cœurs, nous n’avons que des bons souvenirs de toi, que de bons moments passés ensemble et un exemple à suivre.

Décorations :
* Médaille militaire
* Croix de guerre des TOE avec 1 étoile de bronze, 1 étoile d’argent et 1 étoile de vermeil.
* Croix du combattant
* Croix du combattant volontaire avec agrafe « Indochine »
* Médaille de l’engagé volontaire
* Médaille coloniale avec agrafe « Extrême Orient »
* Médaille des blessés avec une blessure de guerre
* Médaille commémorative d’Indochine
* Médaille commémorative d’Afrique du Nord avec agrafes « Maroc » et « Algérie »
* Médaille de la reconnaissance de la nation
* Médaille du dévouement
* Médaille des combattants de moins de vingt ans.



A suivre des photos de son premier séjour sur la RC4.

Amitiés coloniales,
Antoine.

Admin
Admin

Messages : 1601
Date d'inscription : 23/12/2008
Age : 24
Localisation : St-Aignan (41)

http://laguerreenindochine.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum