Capitaine Marcel EDME Commandant la 2è Cie du 1er BPC à Dien Bien Phu

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Capitaine Marcel EDME Commandant la 2è Cie du 1er BPC à Dien Bien Phu

Message  Bawouan le Mer 15 Fév - 15:16

Bonsoir à tous,
Je vous propose l'éloge funèbre du Colonel Marcel EDME, prononcé par le Général de Division DROUIN, Gouverneur militaire de Marseille et commandant la 53° D. M .T. le 15 janvier 1980 au cimetière de Toulon.

Marcel Edme est né à Tananarive le 17 août 1924. C'est à Madagascar qu'il passe toute sa jeunesse. Il y fait ses études au
lycée Gallièni à côté de Malgaches qu'il retrouvera plus tard aux postes importants de la jeune République. C'est là qu'il vit
la déclaration de guerre de 1939, l'armistice de 1940, la campagne anglaise de 1942.
Son baccalauréat obtenu, à 18 ans il s'engage pour participer à la libération de la France et rejoint les Forces Françaises
Libres.
Après un an de formation à l'école des cadets de la France-Libre à Ribbesford, l'Aspirant Edme est parachuté sur le maquis
du Doubs le 8 septembre 1944. Il participe aux combats de la libération, puis son maquis dépassé par les forces régulières se
met spontanément à la disposition du 13° Régiment de Tirailleurs Sénégalais pour poursuivre les combats. Quand il est
rappelé par le B.C.R.A. en novembre pour rejoindre en Grande-Bretagne le 2° Régiment de Chasseurs Parachutistes il est
déjà titulaire de deux citations dont une à l'ordre de l'Armée.
C'est alors l'opération aéroportée de Hollande sur les arrières de l'Armée Allemande. Parachuté le 7 avril 1945, il fait partie des détachements qui
pendant tout le mois d'avril vont semer la panique et la désorganisation dans le Pays-Bas et faciliter la progression des Forces alliées. Cité à nouveau
à l'ordre de l'Armée, il se voit décerner la Médaille Militaire.
Nommé Sous-Lieutenant, il se porte volontaire pour un premier séjour en Indochine où il débarque le 19 juin 1946. Il y reste jusqu'en novembre
1947. En 16 mois d'opérations ininterrompues marqués par trois sauts à Siem Reap, Nam Dinh et Batri, il est à nouveau cité trois fois et blessé.
En Métropole, c'est à Meucon qu'il participe à la mise sur pied de la Demi-Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes. Fort de son expérience, il
prend en mains la formation parachutiste et l'instruction commando.
L'année 1948 voit son premier retour à Madagascar comme Chef de section technique du Groupe Colonial de Commandos Parachutistes de
Madagascar. En 33 mois de séjour, il met sur pied l'École de saut, planifie et surveille la réalisation des installations techniques, forme quelques 120
brevetés tant appelés métropolitains que malgaches, participe aux dernières opérations de pacification et surtout renoue avec ses anciens condisciples
du lycée Gallièni des contacts qui s'avéreront plus tard fructueux.
Réaffecté à la Demi-Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes, il prend à Meucon en avril 1951 le commandement de l'École de saut où il fait
à nouveau merveille.
Volontaire pour un nouveau séjour en Extrême-Orient, il débarque à Haiphong en juillet 1953 avec le 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux.
Nommé Capitaine le 1er octobre, il participe à toutes les opérations de son bataillon dans le delta tonkinois. Il saute une première fois sur Diem Bien
Phu en novembre 1953 et participe au nettoyage de la région. Il est une nouvelle fois cité.
Le 3 mai 1954 il saute à nouveau sur Dien Bien Phu et sa Compagnie (la 2è) est le dernier renfort qui parviendra au camp retranché. Poussée dans la nuit sur
Eliane-IV, elle résistera aux assauts incessants pendant quatre jours et quatre nuits avant d'être submergée dans la nuit du 7 au 8 mai, ayant épuisée
ses munitions, et réduite à une poignée d'hommes valides.
Fait prisonnier, il participe à la longue marche qui, en un mois, nous conduira de Dien Bien Phu au camp n ° 1 sur la frontière de Chine, gardant un
moral de fer et ne perdant pas une occasion de secourir un camarade en difficulté.


(Photo Frédéric EDME)

Libéré en septembre, après les accords de Genève il est cité à l'ordre de l'Armée et, à son retour en France, fait Chevalier de la Légion d'Honneur.
Il rejoint alors la Brigade de Parachutistes Coloniaux à Bayonne et fait merveille à la tête du 4° Bureau, puis comme Officier Opérations de l'État-
Major de Brigade N° 2 en Algérie.
Après un stage au Centre Militaire d'information et de spécialisation sur l'Outre-Mer où il obtient des résultats remarqués, le Capitaine Édme est
désigné pour servir une nouvelle fois à Madagascar.
D'abord à Fort-Dauphin à la tête d'une Compagnie de Tirailleurs Malgaches, puis au service de renseignements de l'Etat-Major de zone, il obtient au
cours de deux séjours consécutifs de remarquables résultats soulignés par ses chefs successifs, dans des fonctions où il peut utiliser au mieux sa
connaissance du milieu local, sa clarté d'esprit et son sens du rendement.
De retour en Métropole en octobre 1963, il rejoint au début de 1964 l'École des Troupes Aéroportées à Pau et dirige pendant trois ans le bureau
d'études de l'École.
C'est là qu'il est fait Officier de la Légion d'Honneur. Après un bref passage au 61e Bataillon des services, il est affecté à la 4e Division où il se fait
remarquer comme Chef du 1er Bureau, puis comme Sous-chef d'État-Major. Sa clarté d'esprit, sa logique et son ardeur au travail y sont à nouveau
soulignés, et lui valent, en juillet 1971, de prendre le Commandement du 420° Bataillon de Commandement et de Soutien de l a 1° Brigade
Parachutistes qu'il est chargé de créer à partir d'unités disparates. Il en fait en deux ans, un outil efficace et apprécié.
Ayant terminé son temps de Commandement, le Lieutenant-colonel Édme rejoint le Dahomey comme Chef de la mission d'assistance militaire
technique. Sa courtoisie, sa fermeté, son sens de la diplomatie lui permettent d'obtenir des résultats remarqués qui lui valent la cravate de
Commandeur de la Légion d'Honneur et sa promotion au grade de Colonel.
A son rapatriement le Contre-amiral Vercken écrit de lui : « L'évolution de l'orientation politico-militaire a créé une situation délicate où l'énergie,
l'habileté et le rayonnement de ce très bel officier ont permis d'éviter les provocations et de maintenir la cohésion de nos coopérants jusqu'à leur
prochain départ qu'il a su préparer dans les meilleures conditions. »
C'est ce succès même qui, après 18 mois à la tête de la Délégation Militaire Départementale de Tarbes devait lui valoir d'être désigné hors tour
comme Conseiller Militaire du Président de la République Togolaise.
Il ne paraît pas utile de souligner les résultats obtenus dans ce dernier poste. Le message de Son Excellence le Général Eyadema est assez éloquent.
C'est au Togo, sur cette terre d'Afrique où il était né et où il avait passé les deux tiers de sa vie, que le Colonel Marcel Édme a rencontré la mort qu'il
avait tant de fois frôlé.
Je voudrais associer à l'hommage que nous lui rendons aujourd'hui le souvenir de ceux qui ont disparu avec lui le Chef de Bataillon Neveur qui devait
être promu Lieutenant-colonel cette année, le Capitaine Cerutti, et l'équipage togolais de l'hélicoptère, l'Adjudant Abassou pilote et l'Aspirant Djaodo.
Cité à l'ordre de l'Armée à titre posthume par le Ministre de la Défense, fait Grand Officier de l'ordre de Mono par Son Excellence le Général
d'Armée Eyadema Président de la République Togolaise, Marcel Édme rejoint dans notre souvenir les grandes figures des Troupes Coloniales et des
Parachutistes et l'outrage des ans ne sera pas venu ternir le souvenir que nous garderons de lui.
Commandeur de la Légion d'Honneur, décoré de la Médaille Militaire, neuf fois cité, titulaire de la Croix de bronze hollandaise et de la Germany
Star, Grand officier de l'ordre du Mono, le Colonel Marcel Édme laissera à tout le souvenir d'un grand soldat d'une grande modestie. Qui sait, en
effet, qu'en 1945 en capturant l'un des Généraux Allemands responsables des arrières et de l'acheminement des réserves, il a épargné nombre de vie
anglaises et américaines, qu'à Nam Dinh en décembre 1946 il a assuré à la tête de ses équipes de balisage, en dépit des erreurs de largages, le succès
de l'opération. Qu'à Dien Bien Phu, il a été l'un des trois ou quatre Commandants de Compagnie auxquels les Viet-Minh avaient réservé une attention
particulière ?
Nous garderons aussi de lui le souvenir d'un Officier cultivé, d'une grande efficacité, à l'aise dans tous les emplois, mais aussi d'un colonial au sens
noble du terme, à l'aise au milieu des africains dont il avait une rare connaissance, qu'il comprenait, qu'il aimait et dont il était en retour aimé et
apprécié.
Marcel Édme était pour moi qui le côtoyais depuis trente-trois ans beaucoup plus qu'un camarade, plus qu'un ami, presqu'un frère et sans lui je ne
serai peut-être pas revenu de notre commune captivité après Dien Bien Phu.
C'est dire si, en transmettant à sa mère, à ses fils, à son frère et à sa famille entière les condoléances du Ministre des Armées, du Général Chef d'étatmajor
de l'Armée de Terre, du Général Commandant la 5° Région Militaire, ma peine est profonde.
Marcel Edme, autour de toi sont rassemblés pour la dernière fois des parachutistes en activité de service ; tu en étais le doyen, avec ton brevet 2 265,
des coloniaux avec lesquels tu as servi pendant 38 ans, des militaires de toutes armes que tu as côtoyé sur tous les terrains, des représentants de
nombreuses associations venus témoigner de l'importance de ton action et de celle de nos camarades en Afrique et dans le monde, attestée encore par
la présence des Colonels Kongo Koffi et Bassabi Somfot représentants de Son Excellence le Général d'Armée Eyadema et de l'Armée Togolaise, tes
amis venus t'accompagner à ta dernière demeure.
Ils sont venus te dire : Marcel Edme en trente-huit années de vie militaire, tu as toujours fait ton devoir, plus que ton devoir. Nous ne l'oublierons pas.
Nous ne t'oublierons pas
Marcel Edme, adieu.


Au passage, une pensée pour l'oncle de notre membre DBP qui était dans la Compagnie du CNE EDME à Dien Bien Phu !
Bien cordialement
Jérôme

Bawouan

Messages : 876
Date d'inscription : 20/02/2009

Revenir en haut Aller en bas

Re: Capitaine Marcel EDME Commandant la 2è Cie du 1er BPC à Dien Bien Phu

Message  DBP le Dim 15 Avr - 18:48

Bonsoir

Merci Jérôme, j'ai complètement zappé cet article

DBP

Messages : 80
Date d'inscription : 17/06/2009

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum